MISSION EMPLOI

Ce coup là, ce n’est pas moi qui écrit. Je ne pouvais me rendre sur place pour vivre l’événement.  Mais mon amie, Nadia, est allée et elle nous offre ses impressions ! Bonne lecture ! Smile

20934130_347923712313830_3941010728147787024_o
22214882_872938732871215_707797548_n
Mission Emploi, 50 employeurs, près de 1000 emplois offerts ! Le slogan est accrocheur, on est tenté, mais est-ce que c’est suffisant pour nous faire sortir de notre isolement de chercheur d’emploi. Je suis tenté. Ça fait plus d’un mois que je regarde la page sur Facebook, je sais que ça s’en vient et que je vais devoir prendre mon courage à deux mains, un beau tailleur tout propre, cheveux remontés et CV impeccable en main. OK je me lance, Mission emploi, me voilà !

Mon conjoint m’accompagne, pour lui, le parcours est différent. Il est en jeans, barbe pas rasé, CV à jour, mais pas de « fla-fla ». Il est machiniste, expériences et diplômes en poche. À l’entrée, on se quitte et on part chacun de son côté. Comme je le prévoyais, pour lui, tout baigne dans l’huile. Il est en demande. De nombreux kiosques affichent directement leurs besoins : Opérateurs, machinistes, électro-mécaniciens, soudeurs-monteurs, voilà ce que les employeurs recherchent en priorité. Les chercheurs d’emploi qui ont ce type de diplôme en poche peuvent se permettre d’être difficiles. Mon conjoint refuse systématiquement tous les emplois qui sont sur des quarts de travail de nuit ou sur des horaires en rotation. Il a distribué tous ces CV et il a déjà bouqué quelques entrevues.

De mon côté, je dois opérer différemment. J’ai visionné chacune des capsules des employeurs sur le site internet. J’ai ciblé quatre employeurs. C’est tout. Seulement quatre d’entre eux semblent avoir besoin d’employés de bureau. J’ai vite fait le tour. J’ai 47 ans, je donne peut-être l’impression d’en avoir 40. Je semble sérieuse, mais je souris et j’ai beaucoup d’entregent. Si on me parle, je m’ouvre. J’essaie de faire valoir le meilleur de moi-même. Je dois me vendre. C’est difficile, il y a longtemps que j’ai perdu ma confiance en moi, trop longtemps maintenant que je ère entre deux jobines et deux formations pour me mettre à jour. Pas facile de vendre un produit auquel on ne croit plus depuis longtemps…

Je sors de la salle, étouffée par une émotion que je connais depuis des années maintenant. Pas à ma place, pas le bon diplôme, pas la bonne attitude, pas assez d’anglais, pas assez d’expérience, CV flou, trop de trous, pas clair comme parcours, la liste est longue de tout ce qui me manque et je ne sais plus comment faire maintenant pour dire tout ce que j’ai… Puis je vois le kiosque du SIE, services intégrés pou rl’emploi. Je me précipite. Je sais fort bien que ça ne donnera rien, mais j’y vais, j’ai besoin de ventiler, de parler, d’un sourire rassurant, d’une oreille qui m’écoute, une personne qui accueille mon désespoir. Elle est là, l’oreille bienveillante et le sourire qui semble dire, tout va bien, calme-toi Nadia. Je la quitte après un long moment, un rendez-vous en poche, question de faire valider mon CV.

Du coin de l’œil, je vois un kiosque de Tourisme Victoriaville. J’y vais, juste par curiosité. Puis on jase de vélo, ma grande passion. On jase longtemps, la madame est gentille, elle m’encourage dans ma recherche d’emploi et me présente à une dame responsable du volet vélo à la ville. On jase encore plus longtemps. Ma tristesse est passée, mes angoisses sont calmées, quand on jase vélo, je n’ai peur de rien, de personne et je sais que je suis à ma place, je n’ai aucun doute, rien ne peut m’ébranler, sauf peut-être mes pieds, oui mes pieds. Ils brûlent. Look de secrétaire oblige, je me suis juché sur des talons hauts et je souffre le martyre. Je remercie la dame de la ville, lui promet de lui redonner de mes nouvelles et je retourne m’engouffrer dans le salon des exposants. Je suis calmée et la douleur aux pieds me fait oublier les angoisses qui m’avaient sournoisement attaquée lorsque j’y étais entré la première fois, il y a plus d’une heure, peut-être deux. En jasant de vélo, je perds toujours la notion du temps. Seuls mes pieds me rappellent inlassablement que ça fait vraiment longtemps que je suis là.

Mais où est donc mon conjoint ? Je fais le tour du salon trois fois. Je réalise à ce moment que je détonne un peu dans le décor. Je vois aussi le regard des recruteurs, ils se questionnent. Est-elle à la recherche d’un emploi. A-t-elle le diplôme que je recherche. Mais je n’ai plus envie de me vendre, plus envie de jouer à ça. Je suis fatiguée de sourire gratuitement, j’ai trop mal aux pieds. Enfin il est là. Il s’amuse, rigole avec un exposant. Je m’introduis, ça n’a pas l’air trop formel. On jase un peu, il aurait un emploi pour mon conjoint, mais l’horaire ne convient pas à mon homme. Le recruteur me demande ce que je fais là, je lui explique que moi aussi je me cherche un emploi : commis au service à la clientèle, commis de bureau, réceptionniste, secrétaire, je viens de terminer mon AEC en bureautique. Oui je sais, des secrétaires, il en pleut. Je n’essaie même pas de me vendre. On ne fait que jaser. Il me demande si je connais « Acomba » le logiciel comptable. Oui je l’ai étudié et j’ai bien réussi le cours, mais je manque de pratique. Il aurait un poste pour moi. Je suis stupéfaite.

On se quitte en se laissant CV et carte d’affaires. L’emploi qu’il m’a offert ne me convient pas vraiment, mais je suis saisi de réaliser à quel point « l’informel » m’a beaucoup mieux servi. La prochaine fois, s’il y a une prochaine fois, je porterais des chaussures confortables, juste pour pouvoir prendre le temps…








Back to Top